Souvenirs de Russie

Le 8 Mai 2012, je suis partie pour un tour du monde, mon sac sur le dos avec 2 amis, direction la Russie.

Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, on nous parle peu de la Russie en France. Notre but était de rejoindre la Mongolie via le transsibérien, célèbre train traversant tout le pays. Et contre toute attente, ce pays nous surprendra par sa beauté, ses rencontres, la gentillesse et l’hospitalité des russes.

Je me souviens de St Pétersbourg pour sa beauté, son architecture, son fleuve et son musée l’Hermitage qui exposait une incroyable collection de tableaux impressionnistes Français à faire pâlir le monde entier. Il faisait bon vivre ici.

Je me souviens de Moscou, de sa grandeur, sa démesure, sa richesse, de ses églises aux toits d’or ; de son impressionnante collection de Porsche dans le centre et de ses mamies quelques kilomètres plus loin qui vendaient quelques foulards, quelques légumes pour survivre ; de ses superbes hôtels de luxe, face aux immeubles soviétiques d’après guerre tombant en ruine ; de son métro tout en marbre, imposant, majestueux, et ses escalators interminables, une véritable œuvre d’art souterraine.

Je me souviens de nos hôtes à Moscou, un couple de russes issue de la classe moyenne. A peine arrivés, ils voulaient nous faire visiter la ville. Mon anglais était approximatif, mais j’avais compris « strike » (manifestation), dans la conversation. Mes 2 amis n’étaient pas plus doués que moi en anglais, nous ne comprenions pas bien nos hôtes.

Ils nous disaient de prendre notre appareil photo, si nous le souhaitions, ce n’était pas une obligation, mais ils insistaient.

Je ne comprenais pas trop et connaissant le faible enthousiasme du gouvernement pour les manifestations, le mot « strike », ne me rassurait pas vraiment, et être prise pour une journaliste engagée dans ce pays encore moins… Nous étions en période post électorale. Je décidais donc de ne pas prendre mon appareil photo.

Nous partions donc faire une petite visite de la ville, notre hôte voulait nous montrer un parc, il y avait quelques groupes de personnes, ils chantaient, discutaient. Il m’expliqua alors qu’il soutenait ces personnes, qu’elles étaient contre le gouvernement et qu’elles se réunissaient pour protester pacifiquement contre le gouvernement, dans ce parc. Manifester n’était pas interdit mais passible en cas de troubles de l’ordre de grosses amendes. Mon hôte m’expliquait que la raison principale de leur manifestation était la façon dont les élections avaient été menées. Clairement, pour lui, il y avait eut des bourrages d’urnes, et les élections n’avaient pas vraiment représenté la voie du peuple. Il m’expliquait également que les fondateurs de ce mouvement pacifiste avaient étrangement disparu…

Au fil de la conversation, je lui poserai cette question : Te sens-tu libre dans ton pays ? Il me répondra froidement : Non !

Il m’expliquait qu’il ne voyait pas son avenir en Russie… et ne voulait pas voir ses enfants grandir dans son pays… Cet homme avait mon âge et ne se sentait pas libre…

Je me rendais compte de l’énorme chance d’être née en France… Je peux m’exprimer, exprimer mes opinions politiques, manifester sans risquer ma vie.

Je me disais ces hommes sont courageux, et je réalisais que notre hôte avait pris des risques de nous montrer ce parc…

Moscou m’ouvrira donc les yeux sur la réalité politique de ce pays.
J’apprendrai quelques jours plus tard que le gouvernement songeait à interdire au peuple de se regrouper dans des lieux publics…

Je quittais Moscou avec une réelle idée de la vie d’un moscovite, qui je dois bien l’avouer ne me faisait absolument pas rêver!

L’aventure « transsibérienne » commençait alors ! Que de souvenirs !

Quand tu fais plus de 30 heures de train, entourée de locaux et que tu connais la gentillesse et l’hospitalité du peuple russe, tu finis forcément avec un verre de vodka à la main, et tous tes voisins se font un plaisir de t’offrir à manger. Je me souviens de ce militaire russe qui nous disait qu’il allait traverser toute la Russie pour retourner travailler sur un sous marin !! Il ne comptait pas ses jours de train!…

Je me souviens de cet homme, car après 5 minutes de discussions, content de nous avoir pour voisins, il sortait sa bouteille de vodka, mais attention la vodka en Russie, ce n’est pas tout à fait le même degré d’alcool quand France ! Notre voisin était très entrainé ! Il voulait nous faire tester, alors on ne se fera pas prié, allez un petit shot de Vodka pure et un cornichon! Oui, un cornichon ! Nos voisines de couchettes nous avaient dévoilé la technique locale pour diminuer l’effet de la Vodka, après un shot de Vodka, il fallait manger un cornichon, et j’étais plutôt impressionnée du résultat après de multiples verres, je ne sentais pas les effets de l’alcool, j’étais fraiche comme un gardon !!! Mais bon attention, l’alcool était tout de même dans le sang !!
Nous avions aussi eu le droit en guise d’accompagnement aux célèbres poissons séchés russes, une sorte de sardine entière séchée que tu dois déguster en apéritif… Et bien sûr tu ne peux pas refuser, les locaux sont tellement heureux de t’offrir à manger que refuser n’est absolument pas envisageable !!!
Quelle gentillesse ! Je souriais et remerciais notre voisin, mais comment dire… l’aspect de ce poisson, l’odeur et son œil qui me fixait… me repoussait terriblement… J’avoue donc avoir redoublé d’imagination pour éviter de manger ce poisson !!! (Désolé, je viens de me laver les dents… je le mangerai plus tard …)

Durant ce trajet en transsibérien, nous ferons une petite pause à Tomsk et Omsk pour voir ses célèbres maisons traditionnelles en bois, une autre à Ekaterinbourg, nous venions d’entrée en Asie !

Notre folle aventure transsibérienne se terminera à Irkoutsk. Nous partirons alors pour le lac Baïkal sur l’ile d’Olkhon, ce lac étant connu pour être la plus grande réserve d’eau douce au monde, et être totalement gelé en hiver !

Je me souviens de cette ile, cet endroit, ce bout du monde, ce lac de nuages (lake of clouds) comme j’ai l’habitude de le surnommer. Un endroit magique, ou le temps s’est arrêté, un véritable havre de paix. Nul besoin de télévision, le spectacle était grandiose, le paysage, les montagnes, la lumière et ces nuages qui se reflétait sur ce lac, véritable miroir d’eau douce. Les couleurs changeaient, dansaient, se mélangeaient en permanence. Nous apercevions à peine l’horizon.

Je le regardais, nous le regardions à en oublier le temps, nous avions l’impression d’être dans un autre monde, sur une autre planète, d’avoir découvert un endroit unique, magique. Quel régal pour nos yeux !

Nous étions happés, hypnotisés, par l’endroit, et je dois bien l’avouer nous aurons du mal à le quitter… Il sera notre véritable coup de cœur de Russie, petit paradis.

Souvenirs de Russie, souvenirs intenses du voyage d’une vie.

Hit enter to search or ESC to close