Mes jobs en Polynésie

J’arriverai à Tahiti, après la Nouvelle Zélande. J’avais fait un stop d’une semaine sur la route aux îles Cook, pour me reposer et me réchauffer!

N’ayant pas travaillé en Nouvelle Zélande, comme je l’avais prévu, mes fonds n’étant pas éternel… Je devais trouver un travail ici, en Polynésie, pour continuer ce voyage.

J’arriverai à Tahiti, heureuse de retrouver la chaleur mais fatiguée, j’avais quelques amis sur place. Ils m’hébergeront temporairement. Puis je trouverai une colocation bien sympatique sur les hauteurs de Tahiti avec une bretonne et une wallisienne.

Je souhaitais trouver un travail, dans l’hôtellerie, fini pour moi la comptablité. Mais je me rendrai vite compte que trouver un travail à Tahiti n’allait pas être facile, il y avait peu d’offres, beaucoup de demandeurs d’emplois et surtout avec mon diplôme et mon expérience dans la comptabilité, on ne me proposait que des postes dans cette branche. Mon diplôme était très recherché ici.

Mais après 3 ans de voyage, je ne souhaitais absolument plus retravailler dans ce milieu. Je n’avais, certes, pas d’expérience en hôtellerie. Je savais que cela allait être compliqué, mais j’étais très motivée.

Après un mois passé à Tahiti, voyant que mes recherches de travail ne donnait absolument rien. Je déciderai de tenter le tout pour le tout, contacter la presse locale, très lue, ici : ” La Dépêche de Tahiti “, pour savoir si mon histoire de voyageuse pouvait les interresser et s’il ne pouvait pas me donner un coup de pouce en expliquant que je recherchais un travail, ici, en Polynésie. Deux heures après mon message, je recevais cette réponse : ” Nous aimerions vous interviewer!!! Pouvons nous nous rencontrer? “

Je rencontrerai alors un journaliste. Le journaliste m’expliquera très vite qu’il avait peu de temps à m’accorder et me dira : ” Résumes moi ton parcours, ton voyage… “

Résumer 3 ans de vie en 10 minutes… C’était bien court. Je ne savais pas par où commencer. Je lui donnerai donc mon ressenti par pays en quelques mots. Je lui racontais ce qui m’avait marqué, ce n’était donc pas forcément ultra positif (comme la condition des femmes en Inde, la pauvreté au Cambodge, le racisme en Australie…)

Il était étonné, il me lancera : ” Mais pourquoi tu voyages ? Cela n’a pas l’air facile, tu n’as pas l’air heureuse. Pourquoi veux tu continuer ? ” Je répondrai alors naturellement je voyageais pour les rencontres, que j’avais fait de très belles rencontres. J’avais beaucoup appris sur moi, sur les autres, que c’était une incroyable expérience.

L’article paraîtra 15 jours plus tard. J’étais très étonnée d’avoir une double page qui m’était consacrée.

Mais c’est dommage l’article, comme me fera remarquer ma colocataire : ” On dirait qu’il n’y a eu que des choses négatives dans ton voyage…” Pourtant j’avais parlé de la Mongolie et du mode de vie nomade que je trouvais incroyable, du Vanuatu à la fois authentiques et paradisaique, de mon amour pour les Philippines…, mais cela ne ressortait pas. C’est vrai.

L’article ne reflétait pas vraiment mes propos et la beauté de ce voyage. Mais à ce moment là c’était compliqué pour moi, j’étais fatiguée, je n’étais pas au meilleur de ma forme, je ne trouvais pas de travail et je pensais à quelqu’un, je pensais à quelqu’un que j’avais rencontré sur la route, j’avais quelque peu perdu le sourire et certainement le journaliste avait du le ressentir.

L’article expliquait que je cherchais un emploi, et donnait mon numéro de téléphone, mon vini comme on dit en Polynésie, si toutefois quelqu’un avait du travail pour moi.

Voici l’article : La Dépêche

J’aurai des messages de soutien. Et c’est ainsi que je recevrai un coup de fil de Richard …

Richard me proposait un coup de pouce, de travailler pour lui, dans la nacre sur le port de Tahiti. Il me prenait à l’essai. Je dirai, oui. Mais j’étais bien loin d’imaginer les conditions dans lesquelles nous allions travailler.

Il pouvait venir me chercher à mon domicile donc cela m’arranger. Richard avait plus de 70 ans, c’était un petit monsieur très distingué, très cultivé, il avait vécu aux Etats Unis, quelques temps, c’était un “business man”. Je m’apercevrai très vite que cet homme était un brin roublard, un brin mafieux, un brin vicelard, qu’il ne m’avait pas vraiment engagé pour mon travail, mais plûtot pour ma présence, mon physique et mon statut de voyageuse qui le faisait quelque peu rêver, fanstamer…

Je m’attendais à travailler dans un hangar avec la climatisation, à un travail difficile, certes, mais les conditions seront bien loin de ce que j’avais imaginée.

Je comprendrai alors réellement ce que Richard m’avait dit quand il m’avait annoncé qu’il travaillait sur le port, qu’il me prenait à l’essai, que ce travail n’était pas facile !!

Nous arriverons sur le port. Les locaux de son entreprise était en cours de construction. Ils étaient en cours de montage, directement sur le parking du port! Ses employés montaient tout bonnement une tonnelle pour s’abriter et commençaient à sortir les sacs de coquilles de nacre de la remorque de camion présente ici!!!

Ils sortaient ses sacs pour commencer à nettoyer et trier les coquilles, à même le sol, en plein milieu du port! Je n’en revenais pas! Je n’avais pas imaginé cela comme çà. Mais bon, pourquoi pas!

Il y avait 4 ou 5 tahitiens qui travaillaient ici, dont deux femmes. Les tahitiens, les hommes avaient tous la vingtaine, ils étaient tous très costauds. Ils devaient porter, soulever ces sacs, très lourds, remplis de coquilles. Ces jeunes se cassaient le dos à porter ces charges… Des” warriors!!”

Il fallait être en bonne condition physique, car nous restions toute la journée, malgré la tonnelle en plein soleil, assis par terre à tailler, à nettoyer les coquilles.

Tout ceci, ce faisait, bien sûr, dans une odeur, un parfum de coquillages pourris!

Concrètement nous tapions toute la journée une nacre sur l’autre pour casser les coquillages collés sur les nacres. J’entends encore le bruit!! A la fin de journée mes doigts étaient coupés par le taillage, irritaient par le sel, certes, nous pouvions mettre des gants mais par cette chaleur, c’était impossible de les garder longtemps.. J’avais donc mal aux mains.

Mais, je finirai par m’habituer à ses conditions.

Nous avions un pause le midi : pain, thon mayonnaise en boite!! Gracieusement offert par le boss! Tout les midis la même chose, mais le vendredi, c’était fête, nous avions du coca pour annoncer le week end!!!

J’avais un traitement de faveur, je mangeais avec le boss, comme le boss des plats très différents des tahitiens. C’était totalement injuste. J’expliquerai à mon boss, que je ne souhaitais pas être traitée différemment, être privilégiée.

Il me faisait comprendre que ma place n’était pas de manger comme et avec les tahitiens…. J’étais forcément outrée. Mais cela ne s’arrêtait pas là!!!

J’aurai le malheur de sympatiser avec l’une des employés, Richard la prendra à part et lui fera comprendre qu’elle ne pouvait pas me parler!!!

Nous n’avions bien sûr pas de toilettes, nous pouvions tout de même sur demande utiliser celle de l’entreprise juste à côté. Nous avions de l’eau, un minimum, tout de même, que Richard nous achetait chaque matin. Il achetait également des cigarettes pour ses employés.

Nous travaillions de 9h à 12h, reprenions à 12h30 et finissions à 16h30-17h, en fonction du travail, 2 à 3 fois par semaine. Un travail donc très irrégulier, un coup de fil à 8h le jour même pour te dire : ” Je passe te chercher!!! “

Bien sur, payé cash, à la fin du mois, mais avec quelques avances sur salaires à chaque fin de semaine, pour motiver les troupes à revenir, et bien sûr tout ceci au forfait que le boss fixait, comme bon lui semblait!!! Des salaires tout de même, il faut le reconnaitre plutôt avantageux.

Mais oui, aucune couverture sociale, en cas d’accident!! Des conditions de travail quand même assez extrèmes, dures, un travail irrégulier, pas de salaire fixe, un traitement vis à vis des tahitiens très limite… Le boss traitant certains employés : d’abrutis, les rabaissant parfois!!! Sa phrase favorite étant : ” T’es un bon à rien, tu ne sers à rien!!!”, les menaçant de ne pas les reprendre la semaine suivante, qu’ils allaient perdre leur travail, car ils n’étaient pas assez rapides, pas assez productifs!!!

Mais les tahitiens avaient toujours le sourire, ils ne bronchaient pas, ne se plaignaient jamais, j’étais stupéfaite!!!

Le boss profitait clairement de la situation, de ses employés et il était parfaitement conscient de ce qu’il infligeait à ses employés!!! : “Je prends des tahitiens en bonne santé, jeunes, comme cela, j’en fais ce que je veux, je peux les virer et les embaucher comme je le souhaite!! Ils font la queue pour venir travailler chez moi”

L’esclavagisme moderne. J’avais vraiment l’impression d’être dans un reportage d’envoyé spécial, à la télé, sauf que c’était bien réel, je le vivais pour de vrai!!!

Bien sûr, Richard, lui ne voyait pas la chose de la même manière, il me disait : ” Moi, je leur offre du travail, à manger le midi, ils sont bien payés avec moi, il y a des patrons qui ne donnent rien de tout cela, allant même jusqu’à me dire, c’est pour cela qu’ils restent, ils m’aiment bien mes employés!!!” Il se faisait passé pour un bon samaratain.

Sur le port, tout le monde le connaissait, sous le nom de Karapo, tout le monde savait, connaissait son manège et les entreprises du hangar juste à côté recevait, bénéficiait de quelques billets verts en échange de petit services.

Je n’aimais pas ces méthodes et je savais que je n’allais pas travailler longtemps dans ces conditions.

Mais cette expérience était intérressante à vivre de l’intérieur, à voir une fois dans sa vie. Voir comment cet homme pouvait traiter ces jeunes sans qu’ils ne disent rien, subissant toutes ces insultes devenues banales, normales pour eux!!!

Les jeunes revenaient chaque semaine, j’étais étonnée, mais je comprenais ces hommes qui vu le taux de chomage, sans diplôme, étaient heureux de venir travailler pour Karapo, même dans ces conditions, d’avoir de quoi payer à manger à toute la famille. 5 ou 6 familles étaient nourries par Karapo, et je prenais d’ailleurs la place d’un tahitien qui était certainement plus dans le besoin que moi.

Après trois semaines je comptais arrêter ce travail, même si finalement j’avais trouvé le rythme.

Le boss, qui clairement me lançait de plus en plus de compliments souhaitait que je l’accompagne aux Etats Unis pour ses vacances. Il me proposait une importante somme d’argent pour que je l’accompagne. Il pensait réellement qu’avec l’argent, j’allais dire oui!!! Il pensait tout pouvoir acheter.

Je le remettais à sa place. Je lui disais clairement non, qu’il ne fallait pas tout confondre. Je ne serai jamais sa muse, son escort girl! Il tentera des invitations à diner que je refuserai systématiquement.

La troisième semaine il m’invitera à déjeuner, dans son restaurant chinois préféré. J’avais finalement accepté ce déjeuner.

Mais durant ce déjeuner au dessert, cet homme m’expliquera quand ce moment il sortait avec une fille de 17 ans et qu’en échange il l’aidait financièrement elle et sa famille! Elle était, bien sûr, consentente, elle avait la majorité sexuelle!!! m’affirmait-il!

Clairement, il se faisait passé pour un bon samaritain, il ne voyait pas où était le problème, il trouvait cela totalement normal. C’est sûr qu’à 17 ans on a très envie de sortir avec un homme de 70 ans!!!

Cela me mettra hors de moi, cet homme me répugnait au plus au point!! Je couperai court à cette discussion. Cet homme allait trop loin. C’était un peu le clou du spectacle, la cerise sur le gâteau!

Je lui demanderai de me ramener sur le port, que je reprenne mes affaires, notre collaboration était terminée, j’en avais assez entendu.

Sur le chemin du retour, je ne dirai pas un mot. Il s’arrêtera aux pieds d’un hôtel. J’avais reconnu l’endroit. J’ai toute suite compris qu’il allait tenter une invitation. Je riais au fond de moi, car après les insultes que je venais de lui envoyer dans le restaurant. Il venait de se faire humilier en public.

Certes, il avait bu, mais il tentera le tout pour le tout. Il me lancera : “Je sais que tu vas me dire non, mais on peut aller à l’hôtel… Et si tu me laisses te toucher… Je te donne beaucoup d’argent.”

Je le regarderai désespéremment. Je n’en croyais pas mes oreilles. C’était ridicule!!! J’étais sans voix!

“Non mais je savais que tu allais dire non” : me répétera-t-il.

La demande était si élégante, être prise pour une femme qui serait prête à tout pour l’argent!!! Cela fait toujours plaisir, d’être prise pour une prostituée, une femme vénale.

C’était triste, cet homme payait pour tout, même pour coucher avec des femmes. C’était normale pour lui.

Et je regrette de ne pas avoir fait monter les enchères, de ne pas être rentrer dans son jeux pervers et de lui dire finalement : “Tu ne peux pas tout acheter, avec ton argent. Je m’en fous de ton argent.”

Il me ramènera au travail, je demanderai ma paye et dirai adieu à ce travail dans la nacre.

Il m’avait dit lors de notre première rencontre, un jour j’espère que tu parleras de moi, dans ton livre, dans tes récits de voyage, du coup de pouce que je t’ai donné!! Oui, en effet, Richard, je parle de toi, comme tu peux le voir, mais pas vraiment comme tu l’avais imaginé!! Sacré Karapo!

Je passais beaucoup de temps au Carrefour de Fa’a’a. Ma colocation était située tout près et ce centre commercial disposait d’un wifi gratuit haut débit, ce qui était rare à Tahiti. Je squattais donc cet endroit, pour envoyer des CV, répondre aux offres d’emplois, je triais mes photos, j’écrivais. Cet endroit était devenu mon QG.

J’avais rencontré Paolo, le pizzaïolo, il tenait la pizzeria du centre commercial, la cinquantaine, me voyant tout les jours ici, il m’offrait le café, et au passage me faisait quelques propositions salaces. Il m’expliquait ses fantasmes érotiques pour essayer de m’amadouer.

Il avait d’ailleurs tenté dès le premier café!!

Il me faisait rire ce Paolo, il avait tellement de tact! Il savait y faire avec les femmes! Toutes ses approches se soldaient par des échecs, mais il avait le mérite de persévérer, de ne pas se décourager et de réitérer ses demandes à toutes les femmes qu’il voyait.

C’était un séducteur, ce Paolo!!

Clairement il ne savait pas y faire avec les femmes, il ne savait pas parler aux femmes, pas les séduire. Car oui, expliquer ses fantasmes sexuels au bout de 5 minutes à une femme que tu connais à peine, dans un centre commercial, et lui proposer de la payer par la suite car elle t’a dit non!!! Il avait tout compris à la séduction!!

Et je ne sais pas pourquoi Paolo venait souvent se confier à moi. Il me saluait et venait discuter autour d’un café. Il m’expliquait ces ébats nocturnes, visiblement il avait besoin d’en parler!! De m’en parler!!! Pourquoi moi?! Pourquoi m’avait-il choisi?! Mais il avait un bon fond, il n’était pas méchant pour deux ronds!

Sacré Paolo!!!

Paolo arrivera un jour avec un homme en costard, il me présentera : le directeur de ce Carrefour. Le directeur avait vu l’interview dans la presse et souhaitait échanger avec moi, me rencontrer.

C’était un petit monsieur brun, à lunettes, style BCBG, très premier de la classe, totalement opposé à Paolo. Clairement je n’étais pas dupe, cet homme me testait, et j’étais en train de passer un entretien d’embauche.

Ce qui était le plus étonnant, c’est que cet homme avait lui aussi voyagé en Amérique du Sud, derrière ce costume se cachait un ancien voyageur!!!

Il essayait de me faire réaliser que ce que je venais d’accomplir : 3 ans de voyage, 3 ans sur les routes, ce n’était pas donné à tout le monde, il essayait de me faire prendre conscience du chemin parcouru, mais je n’arrivais pas à réaliser. Il souhaitait m’aider dans ma recherche de travail.

Il me demandera mon CV et me dira : ” Je ne te promets rien, mais je vais voir ce que je peux faire.”

Il me lancera : “Je peux t’inviter à déjeuner, ne t’inquiètes pas, je ne suis pas comme Paolo, je ne te drague pas, mais ce n’est pas tout les jours que je peux parler de voyage.” Alors nous irons manger une pizza, nous referons le monde, revivrons nos voyages respectifs.

Il me conseillera de lire : “L’alchimiste ” de Paolo Coelo, m’expliquant que c’était vraiment le bon moment de lire ce livre.

Je m’empresserai donc de lire ce livre, et, en effet, ce livre me fera beaucoup de bien… Ce livre me reboostera et me donnera l’envie de continuer ma route au gré des rencontres, de continuer ce voyage, de vivre l’aventure, sans trop me poser de questions!!

Ce livre reflettait avec beaucoup de justesse et de profondeur, cette vie de voyageur, ce que j’avais ressenti et ce que je ressentais à ce moment là. Ce livre était incroyable…

Suite à cet entretien avec ce directeur voyageur, mon CV remontra jusqu’au directeur financier de la famille W., l’une des familles les plus riches de Polynésie, elle détenait beaucoup d’entreprises et d’hôtels, ici.

C’était donc plutôt un bon contact. Cet homme voulait me rencontrer, mais ne m’avait pas précisé l’intitulé du poste qu’il souhaitait me proposer.

Le jour de notre entretien. Je verrai très vite, les CV sur son bureau et je comprendrai qu’il m’avait convoqué pour un poste de comptabilité !!

Il me lancera : ” Racontez-moi votre histoire ? ” Nous parlerons donc de voyage. Je lui expliquerai mes motivations. Je lui dirai : ” Vous me prenez peut être pour une femme instable, mais j’ai vraiment envie de travailler ici, j’ai envie de m’arrêter de voyager, j’ai d’autres projets. J’ai grandi dans ce voyage, appris sur moi, sur les autres. Je souhaite me poser.”

J’avais l’impression de parler à un ami, cet entretien était assez bizarre. Le courant passait très bien.

Et puis il me dira : “Mais après tout ces voyages, pourquoi vous choisissez la Polynésie ?

  • Pour les mêmes raisons que vous ! Non ?

Il rira, il était étonné de cette réponse, je poursuivais : ” Oui, parce que j’ai envie de soleil, de plage, d’une qualité de vie, de moins de stress. “

Il me dira alors : ” J’ai un poste à vous proposer.” Je riais intérieurement, car je savais qu’il allait me proposer un poste de comptable!! Lui : ” Je vous vois bien chef comptable.”

  • Ah, oui !! Vraiment!? Mais, il y a une chose que j’ai oublié de vous préciser, je ne veux plus travailler en comptabilité. Rester assise pendant des heures devant un ordinateur, c’est fini pour moi !!”

Il était étonné de ma franchise, et ne comprenait pas pourquoi je refusais, un tel poste. Je lui poserai alors ces questions : ” Quelles sont les horaires? Les responsabilités? Combien d’heures par jour l’ancien chef travaillait-il? 12h, 15h par jour? Travaillait-il les week end? Comptait-il ses heures?”

Lui : ” Oui, vous avez raison il ne faut pas compter ses heures, nous n’avons pas de vie dans ce genre de métier.” Il m’avouait que lui même travaillait énormément et avait peu de temps pour sa famille, ses enfants…

Moi : “Sincèrement, merci d’avoir penser à moi. Mais je ne peux pas accepter, je souhaite vivre et profiter de ce cadre paradisiaque.”

Il était très étonné de ma franchise, et me lancera : ” C’est dommage, je vous voyais vraiment sur ce poste, mais je comprends, vous voulez travailler dans quoi alors, aujourd’hui, si ce n’est pas en comptabilité ? Car vous savez Carrefour, c’est le groupe W!

  • L’hôtellerie, le tourisme, je veux me réorienter.

  • Nous sommes propriétaires d’hôtels de luxe. (Il m’énumérait 3 très beaux hôtels) Je vais voir ce que je peux faire et faire passer votre CV.

Je le remercierai et lui dirai au revoir. J’espérais sans trop y croire que cette entretien me permette de trouver un emploi.

Le lendemain je voyais une annonce pour le St Régis Bora Bora, célèbre hôtel 5 étoiles, l’un des plus beaux hôtels de Polynésie, propriété de la famille W, j’avais déjà postulé de nombreuses fois, sans succès.

Voyant cette offre de réceptionniste téléphonique pour cet hôtel, et ayant le numéro du directeur financier de la famille W, j’enverrai un texto à cet homme, oui, un texto, tout simplement. Je lui laisserai le message suivant : ” Je suis intéressée par ce poste, pouvez vous m’aider, pouvez vous faire parvenir mon CV. Merci.”

Et là, le lendemain, j’étais convié à un entretien !!! Incroyable !!! Malheureusement je ne serai pas prise pour ce poste.

Je pensais, de plus en plus, visiter la Polynésie, les îles et j’oubliais, peu à peu, l’idée de travailler ici. Même si je mettais fait des amis et appréciais Tahiti, à deux pas de Moorea, cette si belle île.

Après 3 mois passés à Tahiti, sans succès dans ma recherche d’emploi, je déciderai donc de partir pour les îles, la tranquillité.

Durant ce voyage dans les îles polynésiennes (Tuamotus et Marquises), j’avais à Rangiroa, répondu à une offre d’emploi de Night Audit pour l’hôtel St Régis de Bora Bora, encore une fois, sans trop y croire.

L’hôtel m’avait recontacté quelques semaines plus tard, et souhaitait réaliser un entretien skype. En rentrant de mon périple dans les îles, je réaliserai donc cet entretien à Tahiti.

Je me souviens de ces 2 questions posées par un des responsable : ” Comment vous voyez vous dans 10 ans? Cela ne vous dérange pas de vivre sur une île? ” Je répondrai à la première question : “Je me vois avec ma propre auberge de jeunesse”, et la seconde: ” Non, cela fait un an que je vis dans les îles du Pacifique. Vivre face à l’océan, c’est vraiment important pour moi, et je souhaite écrire, Bora Bora, me paraît donc un bon endroit.”

Dans l’attente d’une réponse, pour ce poste de Night Audit, je visiterai Moorea et je serai finalement prise au St Régis, je n’en revenais pas. C’était fou!

Je me souviens de mon arrivée à Bora Bora. Vu du ciel : les nuances de bleu, le lagon était sublime, incroyable!

A l’arrivée un homme m’accueillera et nous prendrons le bateau pour rejoindre l’hôtel avec des clients : un couple de jeunes mariés. Je découvrais l’hôtel, les bungalows sur pilotis, Bora Bora, ce petit paradis. C’était sublime. J’avais une chambre pour moi toute seule. Je prendrai mes marques. J’étais heureuse d’être ici.

Le premier jour, la directrice des ressources humaines (DRH) me présentera le nouveau directeur, Mr S., ancien directeur d’un grand hôtel à Cannes, tout de blanc vêtu, une pointure, j’avais face à moi, un “big boss” de l’hôtellerie!! J’étais impressionnée!! Il me dira : ” Ah, c’est toi la voyageuse !!! ” Il savait !!! Il était très abordable, décontracté, curieux de mon parcours. Il me lancera : ” Pourquoi un tour du monde ? Cà m’intéresse ? Cà m’a toujours fait rêver !!!”

Je lui répondrai : “Pourquoi pas !!! Non, plus sérieusement, j’avais envie de découvrir le monde, d’apprendre sur le monde.” Nous partirons dans des discussions, il me posait beaucoup de questions, je me souviens que la DRH interrompra notre discussion : “Bon allez, on doit continuer, on n’a pas beaucoup de temps!!” Elle n’avait pas tort de nous interrompre nous aurions pu parler pendant des heures…

Ce “big boss” de l’hôtellerie, qui avec son salaire mensuel pouvait se payer un très beau tour du monde, en fait, rêvait ma vie!

Je commençais à réaliser tout doucement où j’avais attéri! J’étais, je travaillais dans l’un des endroits les plus paradisiaque au monde, là où tout le monde rêve de passer sa lune de miel. Je n’en revenais, c’était fou.

Je travaillerai donc en tant que Night Audit, réceptionniste de nuit, j’allais remplacer un tahitien, qui çà ne s’invente pas connaissait Paolo, le pizzaïolo, c’était son oncle !!! Le monde est petit !!! Il me formera et au bout d’une semaine je me retrouverai à travailler seule…

Une semaine pour être au point! Je ne disais rien, je n’avais pas vraiment le choix, mais c’était une formation express!!

Je travaillais donc de nuit, en horaires décalés. Je ne savais pas vraiment ce que je devais faire et pourquoi je devais faire telle ou telle chose, je n’avais pas vraiment de chef, aucune réelle directive…

Mes chefs travaillaient de jour et donc ne se préoccupaient pas du travail de nuit. Mon sous chef m’avouait ne pas connaitre mon métier, et donc ne pas pouvoir m’aider, et ma chef qui venait de rentrer de congés maternité était totalement perdue, débordée.

Je devais donc me débrouiller seule.

Mes soirées commençaient par ramener les clients éméchés, car oui, sur une île, on s’ennuit vite, il n’y a pas grand chose à faire, les gens avaient donc tendance à boire… Puis je résolvais le problème récurrent du gecko, ce joli lézard… Les clients en avaient peur, et n’aimaient pas son bruit, il me demandaient de l’attraper. J’essayais.

Mais je savais pertinemment avant même de partir à la chasse au gecko, que je ne pourrais jamais l’attraper. Mais les clients étaient rassurés, je les rassurais en leur disant : ” Il ne va pas vous faire de mal, il a peur de vous, ne vous inquiétez pas, c’est un bon chasseur de moustiques “, autant d’arguments pour redorer l’image du gecko.

Mon collègue en bon comédien simulait une chasse acharnée, finissant par un capture totalement imaginaire de la bête! Les clients n’y voyaient que du feu!!!

Je passais également un bonne heure par soir, à trier, classer, coller, ranger des factures et facturettes de manières spécifiques pour le service financier. Je réalisais une sorte d’archivage.

Au dire de mon formateur, cette tâche était très importante, nous devions nous appliquer. Mais par la suite, la direction me demandera d’arrêter de faire ce tri, car cela n’avait aucun intérêt. Cela ne servait à rien.

Je faisais également des petits dossiers financiers, cela me prenait du temps, car il y avait souvent des bugs informatiques…

Je répondais au téléphone. Les clients me demandaient souvent des serviettes, des savons supplémentaires, mais je n’avais même pas de réserve pour donner aux clients et pas d’accès aux réserves des femmes de chambres. J’avais réclamé, en vain… Nous étions d’ailleurs en rupture de stocks de brosses à dents! La commande n’avait pas été passé, ou avait été oublié… C’était un peu flou…

Nous étions donc un hôtel 5 étoiles et je devais donc annoncer aux clients que je ne pouvais leur fournir de suppléments, de brosse à dents avec le sourire!!! C’était donc parfois compliqué.

L’hôtel était en plein remaniement, le nouveau directeur s’était entouré de ces anciens bras droits de l’hôtel de cannois, pour redresser la gestion de l’hôtel. Le numéro 2 et le numéro 3 l’avaient donc rejoint dans cette aventure polynésienne.

Le numéro 2 avait tendance à un peu trop faire la fête. Il était, bien sûr, très compétent, mais ces soirées arrosées, sur une si petite île, posaient quelques problèmes de nuisances sonores, quelques problèmes de voisinage.

La numéro 3 était une femme, je m’entendais très bien avec elle, elle était très professionelle. Elle m’avouera, tout de même, qu’elle ne s’attendait pas à un tel chantier!

Pour eux venir travailler à Bora Bora, avec leur famille dans leur bagage, était un rêve. Mais ce que Mr S. avait oublié de mentionner à ces amis, c’est que cet hôtel était un joyeux bordel, un énorme chantier, qu’ici, tout était à revoir. Redresser cet hôtel était un énorme challenge et très loin d’être des vacances…

Il ne me faudra pas longtemps pour le voir… Mon métier de base étant l’audit comptable et financier, je peux vous dire qu’il y avait beaucoup de choses à mettre en place, et à revoir… Rien n’était réellement sécurisé, il n’y avait aucune procédure, il n’y avait aucune organisation, aucune communication.

Je n’étais pas restée beaucoup de matin mais c’était fréquent qu’un café soit oublié !!! J’étais venu pour travailler, apprendre un certain “standing”, être encadrée, mais ce n’était pas le cas…

Je ne comprenais pas ce que je faisais, je n’avais pas de moyens, je n’avais aucune explication, aucune directive.

J’étais seule, livrée à moi-même…

Un soir, j’avais même du gérer un début de bagarre entre un célèbre champion de catch de 2 mètres de haut et son voisin. (Car oui, il y avait quelques célébrités qui venaient à l’hôtel.)

Son voisin l’avait reconnu, il faisait énormément de bruit, il avait commencé à l’appeler, à le titiller, et il s’était même introduit dans son bungalow pendant qu’il dormait, la nuit où il avait demandé la main à sa femme : sa nuit de nôce!!!

Forcément le champion était très énervé! Il y avait de quoi! A bout, il m’appellera et me dira : “Faites quelque chose où sinon je m’en charge! ” Alors avec la sécurité, nous irons aux plus vite sur les lieux, nous retrouverons le champion de catch en train de faire trembler la porte du bungalow de son voisin à coup de pieds!!

Heureusement la porte était solide! Un catcheur en colère, cela ne rigole pas! J’irai le voir avec la sécurité. Notre arrivée le calmera. Le fait de prendre le temps de discuter avec lui, en anglais, de l’écouter le calmera.

Malheureusement, son voisin décidera à nouveau de sortir pour s’expliquer. Les insultes et provocations continueront… Les femmes commenceront également à s’en mêler, ce qui n’arrangera rien et envenimera la situation…

Un homme de la sécurité arrivera, heureusement, à repousser le voisin et sa femme dans leur bungalow. Quand à moi, j’isolerai, je résonnerai le champion, pour qu’il se calme et reprenne ses esprits.

Je le reconduirai à son bungalow, le rassurerai, lui expliquerai que j’allais en informer mes supérieurs, et qu’ils viendront et s’occuperont en personne de cette situation.

Bien sûr, au vu de la tournure des événements, nous avions essayé de contacter le directeur, mais il était injoignable.

Je passerai une bonne heure à calmer le champion, à faire redescendre la pression, à l’écouter, à essayer de lui faire comprendre que cette mésaventure, cette anecdote de mariage, ils en riraient certainement d’ici peu, qu’ils étaient dans l’un des endroits les plus paradisiaques au monde et qu’il fallait en profiter et je finirai par m’éclipser.

Nous avions évité, de peu, la bagarre!

Même si nous avions géré la situation, je réalisais que personne n’était là pour nous m’aider, qu’on m’en demandait beaucoup plus que ce que je devais faire, et que mon salaire (le Smig) pour ce genre de responsabilité, c’était trop peu !!!

J’étais seule et toujours la dernière informée. Un soir j’arriverai pour travailler et on m’informera que

l’hôtel venait de changer de logiciel!!! Tout le monde le savait depuis des mois! Sauf moi!! On avait omis de me prévenir, de ce petit détail! Vive la communication!!

Forcément cela changeait tout ce que je devais faire… Je n’avais eu aucune formation, je ne pouvais donc plus travailler comme avant, et je devais donc sur mon temps personnel, revenir ou rester le matin pour me faire expliquer le logiciel, ce que le logiciel changeait dans mon travail!!! Gratuitement forcément!

J’aurai finalement une formation en journée, pour que l’on m’explique le travail de réceptionniste de jour, mais je me retrouverai au milieu de crêpages de chignons, entre deux femmes qui se détestaient !!! Finalement je préférai travailler seule la nuit !

Je n’avais pas beaucoup d’affinité avec les salariés de l’hôtel. Je n’avais pas vraiment d’amis, ce travail dans ces conditions ne me plaisaient pas, j’étais très isolée, très peu aidée, je travaillais en horaires décalés, je ne profitais pas des lieux et je voyais toute la journée des couples heureux en lune de miel.

Alors le jour où ma chef m’appellera à 10h du matin pour me dire qu’elle voulait me voir l’après midi, n’ayant pas compris que je dormais le jour!! Je prendrai la décision de partir. Je lui annoncerai ma démission. La direction essaiera de me convaincre de rester, me proposera un autre poste, mais ma décision était prise.

J’étais un peu déçue, de n’avoir tenue que 2 mois, ici. Mais ce métier dans ces conditions n’était pas fait pour moi.

Mais cette expérience de job de rêve à Bora Bora restera tout de même une expérience unique dans un endroit idyllique, que je ne suis pas prête d’oublier….

Mes jobs en Polynésie, des jobs dans un cadre de folie.

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