Pourquoi suis-je partie ? Etait-ce un rêve ? Pourquoi un tour du monde ?

Il m’arrive de répondre tout simplement : « Pourquoi pas ! » ou « C’était mon rêve !».

Alors pourquoi suis-je réellement partie ?

En réalité, car je n’avais pas le choix, pas d’avenir en France.

Certes, c’était un rêve qui me trottait dans la tête depuis des années. En 2008, j’avais obtenu un master de comptabilité, mes études terminées, je commencerai à travailler pour un cabinet d’audit comptable. Je profiterai de mes premières vacances salariées pour partir en 2009, en Australie. Je rencontrerai des voyageurs et leur récit m’avait convaincu, un jour, je réaliserai un tour du monde en sac à dos ! Ils étaient formels, voyager est une expérience magique, incroyable. Ils avaient l’air épanouis et heureux. Alors en revenant d’Australie, cette idée de tour du monde grandissait !! Mais je n’étais pas pressée…

Mon travail ne me plaisait guère, mais c’était une bonne expérience, deux ou trois ans ici et peut être je partirai voyager.

Mais quelques mois après la reprise du travail, je commençais à avoir des problèmes de dos, des douleurs, et des sciatiques à répétition…

En 2010, suite à mes problèmes de dos, j’apprendrai que j’ai une fibromyalgie, maladie se caractérisant par des douleurs musculaires chroniques et diffuses. La maladie du mal partout !

Un soulagement d’avoir un diagnostic que j’attendais depuis dix ans, je pouvais enfin mettre un nom sur ce que j’avais … Combien de fois m’avait-on dit que mes douleurs musculaires étaient psychologiques !!!

Mais à la question : Quel est le remède docteur ? Que dois-je faire ? Les médecins ne connaissaient et ne connaissent d’ailleurs toujours pas la cause de cette maladie, ils connaissaient les symptômes, mais face à ce diagnostic, étaient aussi impuissants que moi. La réponse était : « Il n’y a pas de remède, pas de solution… Je vous propose ce traitement pour essayer de vous soulager… Il va falloir vivre avec, vous remettre au travail et rester active !!! »

J’étais suivie en centre anti-douleur. Le médecin du centre me proposait des petites pilules magiques, à ma guise, qui me rendaient dépendante, m’endormaient, et inhibaient mon cerveau. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Je vivais un cauchemar éveillé.

Suite à mes arrêts de travail successifs, la sécurité sociale voulait vérifier que ses arrêts étaient justifiés, je verrai donc un médecin de la sécurité sociale. Je lui annoncerai que j’ai une fibromyalgie et à cette annonce, sans même avoir pris le temps de m’ausculter, ni même le temps de m’écouter, ne voyant pas ma maladie, comme un réel handicap à travailler douze heures par jour assise devant une ordinateur avec des traitements lourds, et un suivi en centre anti-douleur. Le médecin me déclarera apte à reprendre mon travail à temps plein!!! Encore un médecin qui ne croyait pas à ma maladie, ne se souciait absolument pas des conséquences de cette reprise de travail, et qui allait bénéficier d’une bonne note auprès de sa hiérarchie…Je n’aurai donc pas d’autre choix, que de reprendre le travail.

Je vous laisse imaginer mon désarroi, ma colère, mon énervement et mon dégout de ce système social …Même mes employeurs ne comprenaient pas cette décision… Le médecin du travail, par chance connaissait ma maladie et m’aidera à aménager mon poste et mon temps de travail, mais je serai rapidement licenciée.

Je mettrai beaucoup de temps à m’en remettre, à retrouver une vie à peu près « normal »… Plus d’un an…

Je me souviens du pôle emploi, qui s’était transformé en cap emploi, car j’avais été reconnue travailleur handicapé, suite à mon licenciement pour inaptitude. Je me souviens de cette première réunion d’accueil collective, leur discours était positif : « Nous allons vous prendre en charge et vous aider à retrouver un travail ». Et il y aura ses quelques mots : « Par contre si vous avez des maladies chroniques, c’est plus compliqué … » Forcément je faisais partie du lot !!!

Je n’avais pas l’impression d’avoir un énorme handicap, je ne me sentais pas à ma place, dans la salle des personnes étaient très lourdement handicapés.

Il est vrai qu’avoir un problème de santé qui ne se voit pas, est à la fois positif, car tu peux être considéré comme quelqu’un de « normal », tu n’es pas montré du doigt, mais c’est aussi un problème, car les gens ne le voient pas et n’arrivent pas à comprendre que tu ne puisses pas être à cent pourcent, ou que pour être à cent pourcent, comme tout le monde, il te faut plus de temps ou utiliser beaucoup plus d’énergie et de concentration… Il est impossible de s’imaginer ce qu’est la douleur, ce qu’est de vivre en permanence avec la douleur.

Ma maladie était handicapante, je ne pouvais ni rester très longtemps debout, ni très longtemps assise. L’ordinateur m’était fortement déconseillé…

Un vrai casse tête chinois cette maladie !!! Qu’allais-je faire ?

Je me souviens que mon conseiller chargé de me réorienter, ne savait pas quoi me conseiller !

Je n’avais aucune idée de ce que je pouvais faire et retrouver un travail me paraissait compliqué…

Je n’arrivais pas à me projeter, je ne voyais pas mon avenir en France. J’étais perdue. Je me posais ces questions, à vivre toujours dans la douleur, quelle était mon espérance de vie ? Comment ma maladie allait-elle évoluée?

Impossible de prédire l’avenir… Ce fut alors un déclic !

Je ne voulais pas avoir de regrets, je voulais vivre et réaliser mes rêves. Essayer de vivre plutôt que de survivre. Réaliser mes projets plutôt que de les rêver… Vivre les choses à fond sans trop me poser de questions …

Cette maladie avait changé ma façon de penser, ma vision des choses. J’étais destinée à une vie toute tracée, comme tout le monde, bien rangée, mais tout avait changé.

Je me mettrai alors en tête de partir loin, de partir faire un tour du monde, de partir à l’aventure ! J’étais déterminée, j’avais un projet !!!

Alors voila la vraie raison de mon départ. Pourquoi suis-je partie ?

Parce que j’ai une fibromyalgie, je suis malade et je n’avais pas d’avenir en France.

Je suis partie pour m’échapper, pour changer de cap, de vie, oublier la triste réalité, les douleurs du quotidien, pour réaliser mon rêve.

4 ans après ce départ, je ne suis pas guérie, mais je vis beaucoup mieux avec ma maladie, je dois bien l’avouer le voyage est ma dope, ma vitamine, il m’a redonné le sourire, il m’a sauvé la vie et tout comme ma maladie, il fait parti de ma vie.