Souvenirs de Chine

Je me souviens qu’obtenir mon visa fut toute une aventure !!! Je n’avais d’ailleurs pas vraiment envie d’aller en Chine. Le pays ne m’attirait pas vraiment, mais j’étais curieuse de voir…

Nous étions à Oulan Bator et nous avions réuni tous les papiers pour faire le visa chinois. Je me souviens encore de cette charmante chinoise à l’accueil de l’ambassade, de sa voix très aiguë, elle criait sur tout le monde. Nous avions bien compris qu’il y avait un problème, que quelque chose n’allait pas. Elle hurlait absolument sur tout le monde !

Une fois notre tour arrivé, forcément nous n’échapperons pas à la règle, nous serons recalées. Je l’entends encore nous dire et nous répéter : « Invitation ! You need an invitation ! » Je lui demandais : « Why ? » Elle continuait : « You need a Chinese invitation ». Et moi : «  But I don’t know any Chinese, I just want visit your country! »

Mais elle s’obstinait, je gardais mon calme, mais sincèrement j’avais très envie de m’énerver, elle était si désagréable, mais bon me mettre à dos l’ambassade de Chine, n’était pas vraiment une bonne idée ! Nous apprendrons que les règles venaient tout juste de changer ! Quelle chance ! Pourquoi ? Nous n’aurons pas vraiment d’explication. Nous apprendrons également que le Tibet venait totalement d’être interdit aux étrangers… Les frontières venaient de fermer… Visiblement le gouvernement n’avait pas vraiment envie de nous voir dans son pays…

Le visa chinois est l’un des plus contraignants à obtenir, vous devez donner tout votre pédigrée : votre compte bancaire, un billet d’avion justifiant l’entrée et la sortie du territoire, plusieurs pièces d’identités.

Cela refroidit un bon nombre de voyageurs, et nouvelle règle, il fallait une invitation d’un chinois écrite en mandarin, signée de sa main, et lui aussi devait donner tout son pédigrée…

Après quelques conseils ici et là, nous retournions à l’agence qui nous avez fait gratuitement des faux billets. Oui, oui, des faux ! La pratique est courante pour obtenir un visa chinois, il faut avoir des réservations de billets d’avion qui prouvent l’entrée et la sortie du territoire.

Tout cela était bien ridicule car nous rentrerons en bus dans le pays et je sortirai du territoire en avion à un tout autre endroit que le billet de sortie prévu.

Cette agence ne pouvait pas nous fournir une invitation, mais nous lancera : « Allez peut être voir au restaurant chinois, on ne sait jamais ». Trente minutes plus tard, nous étions devant le restaurant chinois, nous demanderons à voir la direction, le service était malheureusement terminé et les patrons absents. Nous ressortirons un peu désemparées, je me disais que finalement la Chine, je n’avais plus trop envie d’y aller, je songeais à faire l’impasse.

Mais à ce moment, nous verrons trois hommes sortir, trois chinois, je me lancerai : « Sorry, we are French, we travel and we would love to visit your country but there is a new law now, to obtain this visa, we need an invitation about a chinese people. Can you help us? Please. »

Les chinois étaient un peu dubitatifs, il y avait un jeune dans la bande, ce jeune me dira : « Really! I don’t know this, but I will help you! »

En deux minutes, cet homme me donnait son accord avec le sourire, je n’en revenais pas. C’était si simple. Finalement la Chine semblait être à notre portée. Cet homme était prêt à nous fournir toutes les données nécessaires pour nous faire rentrer dans son pays. Grand merci à lui. Il nous enverra tous les éléments et nous retournerons alors voir notre grande amie de l’accueil de l’ambassade, toutes fières d’avoir le fameux sésame : cette invitation !!!!

Je me souviens être arrivée à Pékin de nuit, très fatiguée par un long voyage : Oulan Bator – Pékin, en bus ! Un passage frontière plutôt assez tranquille mais forcément, il nous manquait un papier, il fallait son carnet de vaccination et nous ne l’avions pas sur nous, comme les trois quarts des passagers, donc petites amendes de bienvenue ! Très appréciée ! Tout le monde c’était bien gardé de nous le dire !!! Et l’évocation d’aller le chercher dans nos sacs n’était absolument pas envisageable. C’est comme çà !!! Il faut payer !!!

Après plus de 15 heures de bus nous arriverons à Pékin vers 3 heures du matin. Il était temps de dormir !!! Nous irons dans la première auberge de jeunesse que nous trouverons…

Le lendemain j’étais super excitée de voir Pékin, la Chine, il faisait nuit quand nous étions arrivées ! Nous étions en plein cœur de Pékin non loin du Mausolée de Mao Zedong.

J’étais très heureuse de partir à la découverte de cette ville. Je m’y sentais bien, et elle représentait la Chine telle que je l’avais imaginé à la fois authentique et démesurée.

 

Je me souviens des parcs en Chine, ces endroits où les chinois se réunissent et jouent, les chinois sont très joueurs, ils jouent aux cartes, dansent, jonglent, font du Tai chi, de la musculation, du badminton… Un lieu de vie et de partage où tous les âges se côtoient. Un terrain de jeux à ciel ouvert où j’adorais flâner.

 

 

Je me souviens du ciel de Pékin, durant une semaine je ne verrai pas le soleil. J’aime tellement le soleil… Le ciel était gris, ce ciel restait figé, un voile permanent le couvrait ! Mais cette grisaille n’était pas liée aux nuages, comme je peux le voir dans ma Normandie natale… mais malheureusement liée à une énorme pollution…

Je me souviens de notre passage à l’hôpital, mon amie, n’était pas en grande forme. Il faut dire qu’après un passage dans les steppes de Mongolie, elle avait un peu peur d’avoir attrapé une bactérie.

Nous irons donc à l’hôpital. Il y avait des hôtesses pour nous accueillir. Je dois dire que leur tenue était assez particulière, nous ne pouvions pas nous tromper un petit chapeau blanc avec une croix rouge, la blouse blanche prête du corps et assez courte, elles étaient sexy ces infirmières ! Je n’avais pas vraiment l’impression d’être à l’hôpital… Étions-nous dans une soirée déguisée ? Etais-ce une blague ?

Leur tenue ressemblait beaucoup aux infirmières des films interdits au moins de 18 ans, à cette tenue qui fait fantasmer beaucoup d’hommes…

Cela me faisait beaucoup rire et j’avoue avoir regretté de ne pas avoir eu mon appareil photo ! Le genre de chose que tu ne pourrais absolument pas voir en France, que tu ne peux voir qu’en Chine !! Et forcément je n’ai pas pu m’empêcher de me dire : « Ils sont fous ces chinois !!! »

Il s’agissait apparemment d’une campagne pour redorer l’image des hôpitaux et des infirmières. Welcome to China ! Only in China ! Made in China !!!

Au-delà de ces jolies dames, mon amie fut prise en charge très rapidement certainement un petit privilège d’européen, voir un européen à l’hôpital, n’est pas courant et jamais bon signe !! Mon amie passera un bon nombre d’examens : prise de sang, échographie… Elle obtiendra même les résultats de sa prise de sang en quinze minutes sur une borne électronique !!! Oui c’est rapide et « high tech » ici !

Les infirmières nous guideront dans une autre partie de l’hôpital. Il y avait là une infirmière, elle ne parlait pas anglais. Alors pour se comprendre, ce fut un peu difficile.

L’infirmière nous présentait une coupelle. Nous restions un peu dubitatives, nous ne comprenions pas trop.

Je regardais mon amie : « Tu comprends ? Elle : – Non ! Moi : – Peut être tu dois cracher dans cette coupelle ? Je ne sais pas !»

Et puis elle commença à faire des grimaces, à se crisper, et à nous montrer la coupelle… Nous essayions de décoder mais à ce jeu, nous n’étions pas très au point… Je n’ai jamais été douée aux jeux des devinettes… Elle essayait de nous expliquer quelque chose… Mais pourquoi cette coupelle ?…Que fallait-il faire ?

Et puis elle finira par employer les grands moyens, par imiter la posture que nous avons quand nous sommes assis aux toilettes … Nous décoderons alors le message… Nous comprendrons les grimaces… Ah d’accord !!! Et un fou rire général éclatera avec cette infirmière !!

Oui, les mimes sont bien un langage universel !!! Un  moment inoubliable…

Au final après deux heures à l’hôpital, mon amie aura une belle liste de médicaments, nous serons rassurées, et nous nous souviendrons de notre passage à l’hôpital !!!

Etant donné l’état de santé de mon amie, qui ne s’arrangeait pas nous avions décidé d’aller à la muraille de Chine (comme les locaux) par le train et au plus près. Nous avions choisi la façon la plus simple, la plus rapide, et la moins fatigante, mais bien sûr la plus touristique.

Cela dit, nous ne pensions pas voir autant de monde !!!

Car touristique en Chine, cela ne veut pas dire une petite centaine de personnes, mais plutôt des milliers de personnes, quand dans une petite ville, tu comptes vingt millions de personnes et dans le pays plus d’un milliard, forcément quand les chinois commencent à voyager, cela fait beaucoup de monde, et tu as vite l’impression d’être à Disneyland.

Donc oui, nous n’étions pas seules sur la muraille !!! Mais presque les seuls étrangers !!! Nous deviendrons même très vite l’attraction principale. Nous prenions la pose !!! Le  « pic’s style », avec les deux doigts en l’air !!!

Mais malgré tout ce monde, cet endroit, cette muraille infinie, vestige de l’histoire chinoise, œuvre de l’empire Quin est impressionnante.

Difficile de s’imaginer comment cette merveille a pu être construite par les mains de l’homme sur des milliers de kilomètres, pendant des mois, des années, pierre après pierre… C’est incroyable, une folie !!!

Il y a des rampes pour nous aider à marcher, car ce mur épouse la montagne, le chemin est donc escarpé, très rarement droit, parfois à pic, glissant et en constante rénovation.

Cet endroit est immense, tout comme cette autre œuvre de l’empire Quin à Xian ! Le mausolée de l’empereur !! Ce mausolée regroupe plus de 1868 soldats parfaitement alignés, chaque statue est parfaitement identique. Les statues en elle-même n’ont rien d’extraordinaire, mais leur nombre, cette armée, en fait une œuvre exceptionnelle, démesurée, impériale !!!

Une petite ville en Chine, il faut remettre dans le contexte, c’est une ville à plus d’un million de personnes !!! Donc cela devient vite désagréable, cela grouille et je comprends un peu mieux pourquoi les chinois se battent pour faire la queue, pour prendre un train, ou encore parlent fort pour se faire entendre.

Leur culture et leur coutume sont différentes.

Par exemple, ils ne savent pas dire non, de part leur éducation ils ne disent jamais non.

Leur nourriture est excellente, j’ai redécouvert le tofu en Chine. Je me suis régalée. Et tous les chinois ne mangent pas du chien…

Ils sont curieux, timides, ne parlent pas ou peu l’anglais, mais pour avoir demandé ma route un bon nombre de fois, ils sont heureux de nous aider, et même étonnés que nous leur demandions de l’aide. Ils ne vous emmèneront peut être pas où vous vouliez !! Mais ils n’ont juste pas compris, ils sont de bonne fois, c’est juste la barrière de la langue.

J’avais certainement quelques aprioris sur les chinois, mais tous m’ont aidé et souri…

Les jeunes générations tentent de changer, voyager, de s’ouvrir au monde. J’ai rencontré des chinois au Népal qui voulaient comprendre ce qui se passait au Tibet, ils étaient heureux de pouvoir avoir un livre écrit par le Dalaï Lama dans les mains, bien conscient que ce livre était totalement interdit dans leur pays, ils cherchaient à comprendre pourquoi cette censure! Ils étaient surpris d’apprendre que  nous étions interdits de territoire au Tibet… A l’époque où je traversais la Chine, seul les chinois pouvaient rentrer au Tibet. Ils commençaient à se poser des questions sur leur gouvernement…

Je ne pensais pas dire cela un jour, mais j’ai adoré la Chine, les chinois, et ce pays me laisse un goût d’inachevé.

Certes je ne suis pas fan des villes chinoises, elles sont trop grandes, il y a trop de monde, elles sont trop « high tech » pour moi. Mais toutes ses campagnes que nous avons traversées sans pouvoir s’y arrêter, faute de temps, sont sublimes. La Chine est un territoire inexploré. J’ai eu l’impression de le survoler. Il est assez difficile d’accès, et très contrôlé, mais ce pays regorge d’une nature oubliée, secrète, d’ethnies, de frontières, de métissages, de campagnes où les sourires et la simplicité sont de mise. C’est le pays de tous les contrastes entre les villes très « high tech » avec des gros buildings et les campagnes très rurales avec leurs etnies et petites maisons traditionnelles.

Stubborn

Je me souviens de cette femme dans ce bus, nous traversions le Sichuan, elle n’avait certainement jamais trop vu d’étrangers, elle était tellement contente de nous voir, souriante, si belle, sa coiffe, son chapeau noir et ses habits traditionnels signe d’appartenance à une ethnie, ses rides, son visage marqué, ses yeux malicieux et ses baskets à scratch blanches aux pieds. Elle nous offrira par simple sympathie, tous les bonbons qu’elle avait … Comment pourrais je l’oublier !

Il y a des rencontres, des sourires qui vous donnent le « smile ». Elle en fait partie. Le pouvoir d’un sourire, d’un petit geste, une « vrai rencontre », elle n’attendait rien, ne parlait pas anglais bien sûr, mais son message était passé : belle, émouvante, charmante.

Alors j’aimerai un jour retourner dans cet arrière pays.

Souvenirs de Chine, souvenirs du voyage d’une vie.

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