Souvenirs de Nouvelle Calédonie

Je me souviens de la Nouvelle Calédonie pour sa beauté et son climat politique.

J’étais arrivée en plein débat d’indépendance. Notre président de l’époque, Mr Hollande, avait fait sa première visite sur le territoire. Le climat était un peu tendu entre les pro “indépendantistes” et les pro “français”.

Un référendum était toujours en pour parler. Mais la date n’arrivait toujours pas à être fixée et reculait sans cesse. La France ayant quelques intérêts financiers à rester sur place, bien sûr.

Mais le recul de cette échéance n’apportait pas la paix, énervait beaucoup de monde, et cela envenimait la situation.

Alors oui, le climat était assez particulier, assez électrique. Beaucoup d’échauffements, d’incompréhensions, d’intolérances, de manifestations, peu de métissages, deux clans s’opposaient fortement.

Je dois bien l’avouer l’atmosphère était assez pesante à Noumea.

Dans les îles, la vie était plus douce et les paysages paradisiaques : des plages d’un bleu si turquoise, d’un sable si blanc! Des fonds marins incroyables, avec des dizaines de tortues ici et là.

J’ai beaucoup aimé toutes les iles : Maré, Lifou, Ouvéa, l’île des Pins. Elles étaient toutes plus belles les unes que les autres.

Maré la plus traditionelle, Lifou la plus connue. Ouvéa m’a préféré et qui résume à elle seule ce pays.

L’île des Pins avec cette traversée en bateau dans la baie d’Upi, sa petite marche pour arriver à sa piscine naturelle, un petit bijoux, que j’aurais la chance de visiter avec ma meilleure amie venue me rejoindre quelques semaines en Nouvelle Calédonie.

Je me souviens à Lifou, de cette plage secrète la “Kiki beach”, derrière le terrain de football, au nord de l’île, il y avait là, une maison : la maison du chef de tribu.

Il fallait alors demander le chef, le propriétaire des lieux, pour avoir la permission d’aller sur cette plage et donc faire, ce qui s’appelle en Nouvelle Calédonie, la coutume.

En Nouvelle Calédonie, une bonne partie du territoire et des plages appartiennent aux tribus, aux kanaks. Il faut donc pour pouvoir entrer dans certains lieux faire le coutume. C’est à dire donner un petit quelque chose pour accéder, profiter du lieu.

Auparavant la coutume se faisait avec des morceaux de tissus appelés : Manou, mais les temps ont changé, dans ce cas précis, un petit billet vert, et tu pouvais accéder à cette fameuse “Kiki beach”, la “secret beach”. Un petit chemin, vingt minutes de marche et tu te retrouvais sur une petite plage déserte, le paradis!!

En Nouvelle Calédonie, les autochtones, les kanaks fonctionnent sous forme de tribus. Chaque tribu ayant son chef, un fonctionnement hiérarchique particulier, et un territoire bien défini. Chaque individu ayant une affectation particulière au sein de la tribu. Il y a deux types de clans : le clan de la mer : les pêcheurs, et le clan de la terre : les agriculteurs.

Une culture assez différente de notre mode occidental, intéressante, mais arrivant à la période des mariages et dans ce climat politique, entre ceux qui avaient fait un peu trop la fête et ceux qui souhaitaient mon opinion sur l’indépendance et me prenaient à partie car française et donc descendante d’esclavagiste!

Je comprendrai vite que ce n’était pas le meilleur moment pour visiter la Nouvelle Calédonie, il y avait un peu trop de tensions.

Je me souviens d’ Ouvéa et de son cimetière des 19. Ces 19 indépendantistes kanaks tués en 1988, suite à la prise d’otages de 23 gendarmes par ces indépendantistes. Une prise d’otages qui avait mal tourné, un assaut du GIGN très controversé, dans un contexte électorale particulier (élection présidentielle), qui pour beaucoup aurait pu être évité et était considéré, ici, comme un massacre.

Autant vous dire que les cicatrices n’étaient pas vraiment refermées et que la gendarmerie présente sur place était plus là pour faire acte de présence, et n’avait pas de réel pouvoir!

Mais des deux côtés les tensions s’étaient apaisées, et ils cohabitaient.

C’était assez drôle de se faire prendre en stop par un local, un kanak, qui avec son joint de cannabis à la main passait devant les gendarmes les klaxonait et les saluait! Je lui dirai : “Tu es fou!!” Je n’en revenais pas!! Il me répondra : “Qu’est ce que tu veux qu’ils fassent?! Ils ne peuvent rien faire!!” Les gendarmes lui répondaient d’ailleurs avec le sourire du même geste!

En effet, avec les évenements de 88, la gendarmerie restait tranquille et de toute façon, elle ne pouvait intervenir sur le territoire, qu’avec l’accord du chef de tribu. Car s’il y avait un problème, il était d’abord réglé en interne, directement par le chef de tribu.

Les gendarmes n’intervenaient donc que très rarement, le plus souvent lors d’accidents de la route.

Ici, tout ce qui représentait l’état français était détourné! C’était assez drôle, mais assez symbolique de voir les panneaux de signalisation se retrouver dans l’eau, révélant les talents artistiques des locaux.

Je me demandais à quoi servait des panneaux sur une île, une ligne droite de 25km de long, où tout le monde roule avec des voitures d’un autre temps, très doucement, à 40 km/h! Etait-ce bien utile?

Tout les panneaux étaient criblés de balles, ils servaient de cible, nous pouvions y avoir de l’amusement, ou un message plus politique, une sorte de rébellion face à l’autorité française. Nous n’avons pas besoin de votre signalisation, de votre présence, nous vivons très bien sans vous, laissez nous, laissez nous en paix.

J’adorais également voir les voitures, l’état des voitures, ici. Il y avait beaucoup de clios, très usagées, toutes cabossées, ici. Mais ce qui était le plus impressionnant c’était l’état des pares brises.

Les pares brises étaient totalement brisés, il était même souvent difficile de voir quelque chose à travers les pares brises.

Mais ces voitures avaient le mérite de rouler! C’était le principal! Que demandez de plus?! Parfois même, il n’y avait plus de pare brise, du tout! Oui, un pare brise, à quoi cela sert!

Il fait 25 degrès toute l’année, aucune utilité!

Et puis, il y aura aussi ces deux jeunes qui me prendront en stop, ils me feront beaucoup rire. Une clio avec le pare brise brisé, bien sûr! Ils étaient heureux de m’aider, pas tout à fait à jeun. Je leur demanderai par curiosité comment cela se passait ici, pour conduire, fallait-il un permis de conduire?

Le chauffeur me répondra : ” Nous, on est des gangsters, des hors la loi, des voyoux! Nous, on roule sans permis, on a pas le permis. A quoi çà sert un permis?! Regardes, je sais conduire!! “

A Ouvéa, il n’y avait, de toute façon, pas d’auto-école, il fallait payer cher, pour aller à Nouméa, et quitter la tribu pour obtenir un morceau de papier!! Ils n’en avaient pas les moyens, et visiblement la gendarmerie ne leur disait pas grand chose. C’était juste ridicule, inconcevable, pour eux, un concept très français cette notion de permis. Et étions nous en France? En Nouvelle Calédonie? Ou en Kanaky (en pays kanak)?

Finalement cette île résumait bien la situation complexe de ce pays. Moi, je ne me sentais pas en France, ici.

Et je dois bien avouer, je ne m’attendais pas en venant en Nouvelle Calédonie, entendre parler d’indépendance, de Kanaky. Je ne pensais également pas la notion de tribu allait être autant présente, ici.

Je pensais que cette notion s’était quelque peu perdue.

Mais pas du tout, les kanaks avaient complètement gardé leur coutume, leur tradition, certes elles évoluaient, elles étaient influencées par le monde occidental, et l’occident leur à amener l’alcool et l’argent, malheureusement.

Mais l’appartenance a une tribu était encore très forte, à tel point que certains jeunes me disaient : ” Je ne peux pas quitter ma tribu, je me sens perdu, seul… ” Le fait de quitter sa famille pour étudier était un vrai déchirement, certains renonçaient même à étudier pour cette raison.

Ils avaient un attachement à leur terre et n’avaient pas envie d’aller voir ailleurs. Ils étaient heureux comme cela pourquoi changer?! Pourquoi les changer?!

L’île d’Ouvéa était magnifique. La couleur bleue verte de la mer, son sable blanc, ses falaises, ses grottes, ses trous bleus, sa réserve marine. Tout était sublime.

Ici, pas besoin de plonger pour voir des coraux et des poissons, munie d’un masque et d’un tuba, seule ou accompagnée, nous pouvions voir des murènes, des tortues, des raies léopards, des requins, et des milliers de petits poissons de toutes les couleurs.

Mes deux activités favorites étaient de faire du snorkeling dans le nord de l’île, et d’observer au petit matin les poissons sur le pont de Mouli au sud de l’île.

Au nord de l’île, nous partions de la plage du restaurant du coin, munie d’un masque et d’un tuba, et il suffisait de se laisser porter, dériver par les courants, et devant toi, défilé des coraux, des poissons multicolores de toutes les tailles. C’était incroyable et totalement gratuit!!

Alors forcément nous étions comme des enfants et nous en redemandions. Nous nous laissions partir à la dérive un certain nombres de fois! Trois ou quatre fois par jour!! A chaque passage, nous découvrions de nouveaux poissons, à chaque fois c’était l’émerveillement.

Et dire que l’Asie était certainement comme cela il y a une quarantaine d’année. Le Pacifique avait cette chance d’être vraiment préservé, d’être protégé, peu touristique, alors pas besoin d’aller bien loin pour voir le monde sous marin.

La seconde activité que j’adorais faire au petit matin, c’était d’aller observer sur ce pont de Mouli : les bancs de poissons, les tortues, et les raies qui passaient et montraient le bout de leur nez. Je pouvais rester des heures à les regarder. Hey hop, une tortue apparaissait!!

Ouvéa, à la fois belle et rebelle.

Souvenirs de Nouvelle Calédonie, souvenirs d’un petit paradis, au contexte politique particulier.

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