Souvenirs d’Inde

L’Inde : Tu l’aimes ou tu la détestes, m’avait on dit.

Avant d’arriver en Inde, je m’étais préparée mentalement, psychologiquement à sa pauvreté, sa misère. Je m’étais dit:” Vio, faudra que tu sois forte, retiennes tes larmes, tu vas voir de la pauvreté, tu vas être choquée par ce que tu vas voir”. Car oui je suis de nature sensible, émotive, voir même “hyper “sensible.

Je fus choquée, en effet, mais je m’y attendais, je m’y étais préparée et j’avais déjà vu au Népal dans les rues de Katmandou, des enfants sniffer de la colle, de jeunes orphelins, parfois même très jeunes qui mendiaient, vivaient enfin survivaient à cette vie de rue. Ils étaient chassés par les locaux. Ce fut la première image choquante de mon voyage.

Mais ce dont je m’attendais moins. C’est ce rapport constant, oppressant avec l’argent.

Après 4 mois de voyage, j’ai très vite compris que mon statut de touriste allait me coller à la peau, que se fondre dans la masse allait être compliqué et que mon faciès sonnait pour les indiens : ” Richesse, money – money, argent “.

J’ai compris qu’un service rendu était synonyme d’argent, quel que soit le service rendu.

J’ai compris que l’argent était l’intérêt principal des personnes que je rencontrais, et que cela allait être difficile de faire de “vrais” rencontres, celles que vous n’expectez pas, qui changent votre route, vous touchent, celles dont vous apprenez tant. Car mon voyage est basé sur les rencontres, certes voir de beaux paysages, c’est incroyable mais échanger, apprendre, partager, donner, recevoir sont les raisons de mon voyage. Je vois le voyage comme une source d’apprentissage infinie comme la plus belle école de vie. Certes j’apprendrai beaucoup mais je n’aurai pas de réel échange avec les indiens.

Je fus également surprise du système de castes qui je dois bien l’avouer me semblait dépassé.

Je me souviens de cette rencontre à Agra, avec ce jeune indien, de 12 ans. Il viendra vers nous, il nous parlera en anglais, il voulait pratiquer son anglais, pour une fois, il ne voulait pas d’argent, il voulait seulement discuter. Je lui poserai cette question qui me semblait anodine, basique : “Quel est ton rêve? ”

Sa réponse fut assez terrifiante et d’une réalité, vérité déconcertante. Il me répondra tout simplement :”Je n’en ai pas. Je ne peux pas en avoir, je suis pauvre et je le resterai toute ma vie”.

Il disparaîtra, quelle maturité, quelle fatalité dans cette réponse.

Bien sûr à ce moment, j’ai réalisé toute l’idiotie de ma question! La chance, le privilège d’être née en France, d’avoir des rêves et d’avoir la possibilité de pouvoir les réaliser.

Il me remettra à ma place. Un enfant qui n’a pas de rêve! Ne peut pas en avoir !!!

J’espérais, j’osais espérer que tous les enfants du monde, même pauvres avaient des rêves. J’étais déconcertée, abasourdie et ce qui me déroutait le plus c’était la manière dont il m’avait répondu. C’est normal, je suis pauvre, c’est ma condition, je resterai pauvre toute ma vie.

Les castes font qu’il n’y a pas de possibilité d’évolution. Les castes pauvres n’ont aucun esprit de révolution ou de rébellion pour que ce système change, ce qui pour moi, pour nous français, semble inconcevable, nous qui rallons, nous révoltons souvent…

De génération en génération ils sont et resteront pauvres.

Ce système également ne permet pas de se marier avec qui tu souhaites.

Les mariages se font entre castes de même niveau social. Autrement dit, tu ne peux aimer que les personnes de ta caste.

Il est courant dans la presse écrite dans la rubrique: ” Fait divers” de voir des meurtres entre famille car les parents ne souhaitent pas marier leur fils ou leur fille avec leur amour issu d’une caste différente !!!

Comment peut-on en arriver là …

Il faut savoir que lors d’un mariage une femme doit payer une dot à son promis. Cette dot coûte cher et donc par déduction il est préférable de ne pas avoir de filles ou de tuer les filles à la naissance.

Marier sa fille est compliqué et donc mettre au monde une fille est un fardeau !!!

Les indiennes de castes pauvres sont très peu considérées, elles doivent avoir l’accord de leur mari pour faire des choses, pour te parler.

Nous sommes très, très loin de l’égalité homme femme.

Ces femmes travaillent énormément et durement.

Quand on me dit j’ai de la chance de voyager, je réponds, j’ai surtout de la chance d’être née au bon endroit, en France. Naître en Inde dans une caste pauvre, ne fait rêver personne.

Ces femmes méritent un très grand respect, elles sont magnifiques et portent si bien leurs habits multicolores.

En tant qu’étrangère mon statut était un peu spécial, car je suis une femme, certes, donc on ne m’écoute pas, ou peu, mais je suis l’objet du désir.

Au départ je pensais que c’était le côté différent, ma couleur de peau, et l’argent qui attirait les indiens, car ils voient peu de touristes.

Certes je ne passais pas inaperçue, mais j’apprendrai que les seules ou les premières femmes blanches que les Indiens voyaient dans leur vie étaient dans les films X.

Ces films servant d’éducation sexuelle, les indiens pensaient donc que nous étions, aussi dociles, que nous réagissions comme ces actrices, que nous avions le même comportement. J’ai donc du décevoir, un certain nombre d’indiens! C’est compliqué l’amour !!

J’en ris mais j’ai eu quelques situations compliquées à gérer avec les indiens.

J’ai surtout été profondément énervée, dégoutée, touchée, quand je suis tombée malade, car oui, comme tout le monde je suis tombée malade, mais c’est de ma faute. J’ai voulu manger de la viande, changer un peu, et j’ai été servie!!!

Je n’ai pris que 3 bouchées, mais cela a suffi, le goût était immonde, et il s’en est suivi une bonne “tourista”.

J’avais très mal aux muscles, de la fièvre, mal au crâne, mon crâne allait exploser, j’avais très chaud puis très froid, j’étais HS. Je pense que je n’ai jamais été aussi malade de ma vie…

Malheureusement nous devions prendre le train, être malade dans les transports en commun ce n’est pas le “must”.

Au vu de ma tête, une famille indienne m’avait laissée leur banquette pour m’allonger, ils étaient vraiment adorables, j’avais pris la dose de médicaments, mais bon j’allais régulièrement aux toilettes. Je n’avais pas beaucoup de force, je faisais, le trajet toilettes banquettes régulièrement à bout de force, et sur ce trajet j’avais un certain nombre de mains baladeuses qui visaient parfaitement la poitrine et les fesses à chaque passage.

Ils profitaient de mon état de santé pour me toucher, je dois l’avouer çà me rendait folle, mais j’étais tellement faible, je n’avais même pas la force de m’énerver, de crier, de leur dire à quel point c’était répugnant, mais je n’avais pas envie d’ameuter tout le train.

Je prenais sur moi mais cela me mettait hors de moi.

Je comprendrai alors ce jour-là, pourquoi certains trains en Inde ont des wagons uniquement réservés aux femmes.

Je m’estime d’ailleurs heureuse et chanceuse de n’avoir eu que des mains baladeuses, qu’il ne me soit rien arrivé lors de mon séjour, car les récits de brûlures à l’acide et viols sont assez courants dans ce pays.

Voyant que les médicaments français ne faisaient aucun effet; j’irai donc à la première pharmacie locale du coin, je ne sais pas ce que le pharmacien me donnera, mais là où les médicaments français avaient échoué, les médicaments indiens en 2 heures rétabliront mon état de santé. Mais que m’ont-ils donné? !

Je fus également choquée  par ce que l’homme peut faire pour l’argent, je vous ai parlé du sort réservé à certaines femmes, mais il y a aussi le fait de créer des monstres, mutiler des hommes, des femmes, pour les mettre à mendier dans la rue, jouer sur votre affectif, sur votre sensibilité pour que vous donniez de l’argent à ces personnes.

Le célèbre film : “Slumdog Millionnaire” n’est pas une fiction.

Connaissez-vous les enfants pots de fleurs? Dès leur plus jeune âge, ils sont mis dans des pots de fleurs, leurs muscles et leurs jambes ne se développent pas, sont atrophiés, et ils finissent dans les rues à mendier, en marchant comme ils peuvent.

Alors forcément, tu as envie de donner, tu es choqué, mais donner c’est inciter ces horreurs à perdurer… Mais ne rien donner, c’est laisser mourir ces personnes…

En deux mois et demi passé en Inde, je n’ai donc eu que très peu de rapport humain avec les indiens, nous n’étions pas sur la même longueur d’onde, je souhaitais partager, échanger, mais ce fut compliqué. J’étais dans un conflit permanent, dans un rapport de force et d’agressivité perpétuel pour me faire respecter et me faire entendre. Et j’étais considérée comme un billet vert en permanence, cela me fatiguait beaucoup, me rendait parfois folle. Moi qui aime tant discuter, j’étais frustrée de cette situation.

L’Inde est donc un pays particulier. Je ne vous dis pas de ne pas y aller.  Chaque expérience est différente, chaque voyageur est différent.

Mais si vous êtes une femme je vous conseille d’être accompagnée et si vous êtes blonde aux yeux bleues, sachez que vous aurez énormément de succès ; si vous êtes un homme vous n’aurez pas de problème particulier.

L’Inde est le pays pour lequel je pourrai écrire des pages, si je rencontre des voyageurs qui y sont allés, c’est le pays sur lequel nous allons le plus débattre. C’est une réelle expérience et le voyage c’est aussi cela.

Ce pays m’a fait grandir, ouvert les yeux, sur ce monde, sur cette partie du monde. Il m’a permis de me faire ma propre opinion sur ce pays, bien loin de l’image hippie que j’avais en tête, a réveillé mon côté feministe et m’a remis à ma place. J’ai beaucoup appris grâce à l’Inde.

Varanasi reste un moment unique, une atmosphère extraordinaire, le Gange est mytique, mystique, incroyable.

La culture, les croyances indiennes sont intéressantes, les couleurs sublimes en tant que passionnée de photographie, je me suis régalée. Les scènes de vie, les temples, la saleté, ce bordel organisé, ce bruit, ces odeurs, le Thali font le charme de l’Inde.

Hampi avec ses temples et ses rochers, le Taj Mahal, l’oeuvre d’un homme fou amoureux de sa femme, sont splendides.

Les îles Andaman sont un véritable paradis.

Je ne sais pas si vous lirez cet article, mais ce fut pour moi l’article le plus dur à écrire. Car j’aurai voulu vous dire que ce monde est tout beau, tout rose, que j’ai adoré l’Inde, mais je ne peux pas, l’ai-je détesté? Non, je ne crois pas, car ce pays m’a ouvert les yeux sur le tourisme, sur la nature de certains hommes prêt à tout pour l’argent, sur l’importance de l’éducation, sur les problèmes culturels… J’ai beaucoup appris grâce à ce voyage.

Souvenirs d’Inde, souvenirs d’une expérience particulière.

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